Ce que révèle l'étude Equify 2026, en partenariat avec Fed Legal

Bons salaires, télétravail, culture d'entreprise... Dans la guerre des talents qui secoue la tech, un levier tire de plus en plus son épingle du jeu : l'actionnariat salarié. Chaque année, Equify - en partenariat avec le Galion Project, FLIT Network, Fed Legal et AndCo - publie la référence du marché sur le sujet. L'édition 2026, réalisée auprès de 80 entreprises françaises de la tech, dresse un état des lieux précis des pratiques en vigueur. Résultat : un écosystème qui se professionnalise, mais dont les ambitions dépassent encore souvent les pratiques réelles.

08 avril 2026 • FED Legal • 1 min

Un outil désormais incontournable dans la French Tech

L'adoption de l'actionnariat salarié au sein des startups et scale-ups françaises est aujourd'hui massive : 90% des entreprises sondées ont mis en place au moins un dispositif. Ce chiffre, stable par rapport à l'édition précédente, confirme que le sujet n'est plus réservé aux seules licornes - il est devenu un standard de marché, presque un prérequis culturel.

Les objectifs déclarés par les dirigeants sont clairs, et hiérarchisés :

  • Fidéliser les collaborateurs (79% des répondants)
  • Motiver les équipes (66%)
  • Attirer de nouveaux candidats (57%)

Ce classement n'est pas anodin. Il dit quelque chose d'essentiel sur la manière dont les entreprises tech perçoivent l'equity : avant tout comme un outil de rétention, et seulement ensuite comme un argument de recrutement. C'est d'ailleurs là que réside le premier paradoxe pointé par l'étude - car dans les faits, les dispositifs sont encore trop souvent structurés autour du moment de l'embauche, sans politique de réattribution sur la durée (refresher grants, promotion grants).

Les BSPCE, toujours roi - mais des pratiques qui se sophistiquent

Sans surprise, les Bons de Souscription de Parts de Créateur d'Entreprise - plus connus sous l'acronyme BSPCE - restent l'instrument de référence : 81% des sociétés y recourent, un chiffre quasi identique à celui de 2023 (83%). Leur régime fiscal avantageux et leur simplicité de mise en oeuvre en font le choix naturel pour les startups éligibles.

Mais le paysage des instruments se diversifie. Le cumul BSPCE + BSA (Bons de Souscription d'Actions) s'impose comme le schéma dominant chez environ 30% des acteurs, permettant notamment d'intéresser les prestataires externes - advisors, membres de board, freelances stratégiques - sans confondre leur statut avec celui des salariés.

Les AGA (Actions Gratuites Attribuées), quant à elles, gagnent en popularité : 19% des entreprises les utilisent. Et contrairement à ce que l'on pourrait croire, le recours aux AGA n'est pas toujours subi. Si la perte d'éligibilité aux BSPCE (dépassement des seuils légaux) motive 60% de ces choix, 40% des sociétés optent délibérément pour ce mécanisme, attirées par sa philosophie de simplicité et par un parcours bénéficiaire allégé. L'édition 2026 met également en lumière l'essor des clauses double trigger sur les AGA - passées de 5% en 2024 à 21% en 2026 - qui conditionnent l'acquisition des titres à un événement de liquidité, protégeant ainsi les salariés (notamment ceux basés à l'étranger) d'une taxation sans liquidité disponible.

Qui bénéficie de l'actionnariat salarié ? Deux visions qui s'opposent

L'étude révèle une ligne de fracture nette entre deux philosophies :

  • Le modèle universel - 57% des entreprises ouvrent leur dispositif à l'ensemble des collaborateurs. Cette approche, ancrée dans la culture d'entreprise de la French Tech, tend néanmoins à plafonner : après une forte progression ces dernières années, elle n'avance plus de manière systématique.
  • Le modèle sélectif - Une part croissante de l'écosystème concentre les attributions sur une pyramide hiérarchique bien définie : les fondateurs (72% des entreprises leur allouent des droits), les C-levels (42%), puis les Heads of (23%) et les managers (22%). Les salariés sans rôle managérial, eux, restent largement en dehors du dispositif dans ces configurations.

Ce mouvement vers plus de sélectivité s'accompagne d'une tendance forte : 81% des entreprises attendent désormais la fin de la période d'essai avant toute attribution, contre seulement 63% trois ans plus tôt. Une progression de 18 points qui dit beaucoup sur la volonté des dirigeants de sécuriser leurs plans avant d'ouvrir le capital.

Autre angle mort identifié : 42% des sociétés ne disposent toujours pas de grille d'attribution structurée. Les décisions restent au cas par cas, au gré des négociations à l'embauche - ce qui nuit à l'équité perçue en interne et affaiblit l'impact du dispositif sur la fidélisation.

Vesting : le temps domine, la performance monte

Le vesting - autrement dit le calendrier d'acquisition progressive des droits - reste structuré autour d'un standard historique : 4 ans de durée totale (pour 73% des plans), avec une périodicité mensuelle ou trimestrielle pour éviter les effets de seuil. Le critère temporel de présence est pris en compte dans 85% des plans.

Mais une tendance de fond émerge : l'introduction de clauses de performance individuelle. Déjà 20% des entreprises combinent temps de présence et objectifs individuels dans leurs critères de vesting, et 14% conditionnent l'acquisition exclusivement à l'atteinte de résultats. Ce mouvement traduit une maturité croissante : l'equity n'est plus seulement une récompense de la loyauté, il devient un levier de performance opérationnelle.

Par ailleurs, plus de 60% des entreprises prévoient des clauses d'accélération en cas de changement de contrôle ou d'IPO (simple ou double trigger), dans 79% des cas pour la totalité des titres attribués - un signal fort de protection envoyé aux talents.

Valorisation et prix d'exercice : la révolution silencieuse du BOFIP

C'est peut-être l'évolution la plus significative de cette édition. La méthode de fixation du prix d'exercice (le "strike price") a fait l'objet d'un vrai basculement en deux ans seulement.

En 2024, 76% des entreprises alignaient mécaniquement leur prix d'exercice sur le dernier tour de financement. En 2026, ce chiffre est tombé à 43%. À l'inverse, le recours à un rapport d'évaluation indépendant a bondi de 24% à 52%.

Cette transformation s'explique par deux facteurs conjoints. D'une part, le ralentissement du rythme des levées de fonds : dans un contexte où les cycles s'allongent, le prix d'un tour vieux de 18 ou 24 mois ne reflète plus la réalité du marché. D'autre part, la mise à jour du BOFIP du 27 mars 2024, qui a clarifié et légitimé le recours aux décotes d'illiquidité et de minorité. Résultat : des prix d'exercice plus attractifs pour les salariés, des plans moins souvent "sous l'eau", et une meilleure sécurisation fiscale pour les entreprises.

Communication : la fréquence augmente, la pédagogie reste à construire

82% des entreprises communiquent sur leur actionnariat salarié - et cette communication se systématise : plus de la moitié le font au moins une fois par an, contre 36% en 2024. La transparence progresse.

Mais la nature de cette communication reste un angle mort. Les échanges sont majoritairement écrits et asynchrones (68% des cas), et seulement 14% des entreprises combinent communication écrite et événements physiques. Plus préoccupant encore : seules 38% des sociétés communiquent sur un objectif de valorisation concret - prix de l'action, potentiel de plus-value, scénarios de sortie. Sans cette information, l'equity reste une abstraction comptable pour la majorité des collaborateurs.

Le défi des prochaines années pour l'écosystème sera donc moins juridique que pédagogique : passer du "comment ça fonctionne" au "combien ça peut rapporter", via des formats actifs - ateliers, simulations de scénarios financiers, sessions de Q&A.

L'international, nouveau terrain de jeu de l'actionnariat salarié

Deux tiers des entreprises sondées disposent d'au moins une filiale à l'étranger, et 78% de celles qui emploient des salariés hors de France leur ont déjà attribué des droits. L'equity devient un outil RH global.

Et les pratiques se sophistiquent rapidement : en 2026, 34% des entreprises adaptent leurs volumes, calendriers et conditions de performance aux standards locaux - contre seulement 20% en 2024. L'époque du "copier-coller" du modèle français est révolue : on ne déploie plus un plan, on le localise.

Ce que cela implique pour le recrutement juridique et RH

Pour les professionnels du droit et des ressources humaines qui gravitent dans l'écosystème tech, ces données ont une portée directe.

La montée en complexité des plans d'actionnariat - entre diversification des instruments, internationalisation, clauses de performance, double trigger sur les AGA et recours aux évaluateurs - crée une demande croissante de compétences spécialisées : juristes corporate maîtrisant le droit des valeurs mobilières, directeurs juridiques capables de piloter des campagnes d'attribution multi-pays, professionnels RH formés à la communication sur l'equity.

Chez Fed Legal, cabinet de recrutement spécialisé dans les fonctions juridiques, fiscales et compliance, nous accompagnons au quotidien les entreprises de la tech dans l'identification de ces profils rares. Qu'il s'agisse de recruter un General Counsel capable de structurer une politique d'actionnariat salarié ambitieuse, ou un juriste M&A maîtrisant les implications des clauses d'accélération, nous connaissons les exigences de cet écosystème - et les talents qui savent y répondre. Nos vidéos et webinars, par exemple, vous permettent d'en savoir plus sur notre expertise dans les métiers du droit et de la fiscalité. 

Conclusion : l'ambition est là, la structuration reste à faire

L'étude Equify 2026 dresse le portrait d'un écosystème mature dans ses intentions, mais encore en construction dans ses pratiques. L'actionnariat salarié est clairement installé comme pilier du contrat social de la French Tech. Mais pour tenir pleinement ses promesses - fidéliser, motiver, et pas seulement recruter - il devra franchir un cap : celui de la structuration (grilles d'attribution, politiques de réattribution) et de la pédagogie (communication sur la valeur, formats d'échange actifs).

Les entreprises qui réussiront cette transition ne feront pas que distribuer des options. Elles construiront une culture de la valeur partagée - et c'est là que l'equity devient un vrai avantage compétitif.

Vous pouvez également en apprendre plus sur les juristes de la French Tech dans cette étude dédiée.

Source : Étude Equify 2026 - "L'actionnariat salarié dans la French Tech", réalisée en partenariat avec le Galion Project, FLIT Network, Fed Legal et AndCo, sur la base de 80 répondants (février-mars 2026).