04 juin 2026 • FED Legal • 1 min

Certains savent très tôt. Mélanie Rouillon, elle, a longtemps refusé de choisir et c'est précisément ce qui fait la force de son parcours. Avocate en droit social pendant plusieurs années, d'abord chez PDGB Avocats puis chez BG2V, elle a rejoint Fed Group en 2023 en tant que responsable juridique et DPO. Un virage assumé, qui ne s'est pas fait par défaut mais par conviction. Dans ce nouvel épisode de Voix d'entrepreneurs du droit by Fed Legal, Audrey Déléris l'a reçue pour revenir sur les étapes d'une carrière construite à rebours des sentiers balisés.





Un profil généraliste : atout ou contrainte ?

Le droit, Mélanie ne l'a pas choisi par vocation. Après une prépa HEC qui ne lui correspondait pas, elle s'oriente vers la faculté de droit de Bordeaux, puis par l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, avec une idée claire en tête : rester généraliste le plus longtemps possible. Droit des sociétés, droit de la famille, droit du travail : elle explore, refuse de se fermer des portes. "J'aimais trop de choses", dit-elle simplement.

Cette posture, qu'elle reconnaît elle-même comme atypique dans un milieu qui valorise la spécialisation précoce, va pourtant devenir le fil rouge de tout son parcours. Son conseil aux jeunes juristes qui se reconnaissent dans ce profil est direct : "Ne choisis pas. Ou plutôt ne t'impose pas un choix que tu n'es pas prêt à faire, parce qu'un profil pluridisciplinaire n'est pas une tare." C'est, dans bien des contextes, un avantage compétitif réel.

Le droit social : une spécialisation venue du terrain, pas des bancs

C'est en stage, dans le cadre de l'École de Formation du Barreau, que Mélanie découvre le droit social. Et ce n'est pas un hasard intellectuel mais plutôt un véritable coup de cœur pratique, né du contentieux, de la plaidoirie, de ce moment précis où l'on défend une position face à un tribunal.

Ce qui l'a séduite dans cette matière, c'est l'équilibre qu'elle incarne. "Le pénal, c'était trop humain et j'avais peur de ne pas avoir les épaules. Le corporate, pas assez humain. Le droit social, c'était l'entre-deux." D'un côté, des enjeux stratégiques et business pour l'entreprise. De l'autre, un salarié dont la situation personnelle est en jeu. Une matière qui oblige à penser les deux simultanément et qui correspond parfaitement à sa façon d'appréhender les problèmes.

Le passage en entreprise : une transition qui ne s'improvise pas

En 2023, après plusieurs années en cabinet, Mélanie fait le choix de rejoindre Fed Group. Ce n'est pas une rupture car elle le voit comme une évolution logique pour quelqu'un qui a toujours cherché à embrasser plusieurs champs à la fois. Le poste de responsable juridique et DPO lui offre exactement ce qu'elle cherchait : continuer à faire du droit social, tout en se confrontant à d'autres matières : droit des affaires, data privacy, conformité, contentieux.

La montée en compétences sur la protection des données, par exemple, s'est faite progressivement. Formation dans un premier temps, puis apprentissage sur le tas, puis vrai intérêt. "Je pensais que ça n'allait pas forcément être ce que j'allais préférer. Et finalement, je découvre un aspect du métier qui me plaît." Une illustration concrète de ce que signifie s'adapter, et non pas subir une contrainte, mais transformer une inconnue en terrain d'exploration.

La peur d'être seule... et la bonne surprise

"Je suis moins seule que je ne l'étais en tant qu'avocate."

Avant de rejoindre Fed Group, Mélanie avait une appréhension : celle d'être isolée. Le juriste en entreprise, perçu parfois comme la personne qu'on consulte uniquement quand quelque chose ne va pas, et qu'on évite le reste du temps. Cette image, elle la connaissait. Elle lui faisait peur. 

La réalité a été tout autre : "Je suis moins seule que je ne l'étais en tant qu'avocate." Son quotidien en entreprise est rythmé par les interactions avec les équipes, les questions des consultants, les projets transversaux menés avec sa collègue Liyam, juriste au sein du service juridique. Là où la vie de cabinet impliquait parfois de longues heures en tête-à-tête avec un dossier, la fonction en entreprise l'expose en permanence aux enjeux réels et aux personnes qui les portent.

Le juriste en entreprise : un facilitateur, pas un frein

C'est sans doute l'une des idées les plus fortes de cet épisode : le rôle du juriste en entreprise ne se résume pas à dire ce que le droit interdit. Il consiste à trouver comment rendre possible ce que les équipes veulent accomplir dans un cadre légal, avec des risques mesurés et documentés.

"Dans fonction support, il y a support. Et support, ça veut dire aider." Cette reformulation, Mélanie la pose comme une évidence mais elle traduit en réalité un changement de posture profond par rapport à la culture du cabinet, où le rôle de conseil peut parfois s'arrêter au constat juridique.

Dire oui, ou presque : une posture qui s'apprend

Mélanie a appris à ne jamais dire non catégoriquement. Non pas par complaisance, mais parce qu'un refus sans alternative laisse l'interlocuteur sans solution, ce qui n'est utile à personne. Sa méthode : comprendre ce que l'équipe cherche à faire, identifier les risques réels, proposer une voie différente si la première est bloquée.

Cette posture demande aussi d'accepter l'incertitude, ce qui ne vient pas naturellement aux juristes, formés à voir les risques avant les opportunités. "Les opérationnels et les chefs d'entreprise avancent parce qu'ils prennent des risques. Et ce n'est peut-être pas forcément la qualité qu'ont les juristes." Reconnaître cela, c'est déjà commencer à changer de regard sur son propre rôle.

Ce que ce parcours dit aux juristes en transition

L'épisode se referme sur un conseil que Mélanie aurait aimé recevoir plus tôt : faites confiance à votre curiosité. Un profil généraliste n'est pas un profil flou mais un profil adaptable, capable de naviguer entre les matières, de comprendre les enjeux de plusieurs interlocuteurs à la fois, et de créer des ponts là où les spécialistes voient des frontières.

Pour les avocats qui s'interrogent sur une transition vers l'entreprise, son retour d'expérience est précieux : la plaidoirie peut manquer, la liberté du statut libéral aussi. Mais la richesse des interactions quotidiennes, la diversité des sujets traités, et le sentiment de contribuer directement à la réussite d'une organisation compensent largement ce qu'on laisse derrière soi.


A écouter également
 : Pauline Bouchayer, Directrice juridique et conformité et membre du Comex de la Société des Grands Projets

FAQ

1. Faut-il être avocat pour devenir responsable juridique en entreprise ?

Non. Si le passage par le barreau apporte une maîtrise technique solide et une compréhension du monde du conseil externe, de nombreux responsables juridiques ont suivi des parcours universitaires sans passer par la case avocat. Ce qui compte, c'est la capacité à comprendre les enjeux business de l'entreprise autant que les enjeux juridiques.

2. Comment passer d'un cabinet d'avocats à un poste en entreprise ?

La transition demande d'élargir son périmètre de compétences, de développer une posture orientée solutions plutôt que seul avis juridique, et d'accepter de monter en compétences sur des matières nouvelles. Bien s'entourer (avocats partenaires, collègues juristes, réseaux professionnels) est essentiel pour ne pas avancer seul face à l'inconnu.

3. Le profil généraliste est-il un atout en droit ?

Oui, en particulier en entreprise. Un juriste capable de naviguer entre le droit social, le droit des affaires et la protection des données est un interlocuteur précieux pour les équipes opérationnelles. Le profil généraliste facilite aussi la compréhension des enjeux transversaux de l'organisation.

4. Qu'est-ce qu'un DPO et comment le devient-on ?

Le délégué à la protection des données (DPO) est le garant de la conformité de l'entreprise au RGPD. On y accède souvent par la voie juridique, complétée par une formation spécialisée. Mélanie Rouillon en est un exemple : avocate en droit social à l'origine, elle a suivi une formation dédiée avant de prendre en main ce rôle au sein de Fed Group.

5. Pourquoi rejoindre une entreprise plutôt qu'un cabinet quand on est juriste ?

Les motivations varient, mais reviennent souvent les mêmes : la diversité des sujets traités, la proximité avec les équipes opérationnelles, la satisfaction de contribuer directement aux résultats de l'organisation, et la possibilité de construire une expertise dans un contexte précis plutôt que de gérer des dossiers ponctuels pour de nombreux clients différents.

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