Entretien avec Emmanuelle Porte
Entre l'école de commerce et l'école de droit, il n'y a qu'un pas ?
Emmanuelle Porte n'était pas destinée à être avocate. Pourtant, elle s'est très vite intéressée à la profession et a fini par en faire son métier.
Aujourd'hui, elle est avocate associée chez Bird & Bird.
Dans cet épisode de "Voies d'avocats", Emmanuelle revient sur son parcours professionnel et nous explique pourquoi elle a choisi cette voie.
Elle partage également sa vision sur l'évolution du métier d'avocat et ses conseils pour être un excellent collaborateur.
En bonus, elle nous confie tout ce qu'elle aurait aimé savoir avant de devenir avocate.
Entrez dans l'univers d'Emmanuelle à travers son témoignage inspirant.
Principaux enseignements
- Le métier d’avocat exige une combinaison d’expertise juridique et de soft skills pour réellement exceller.
- Le fait de pouvoir refuser des clients est considéré comme un luxe incroyable de la profession libérale d’avocat.
- Un double parcours école de commerce et droit apporte une perspective précieuse pour la pratique du droit des affaires en entreprise.
- L’évolution de la profession, notamment la legaltech, doit être vue comme une opportunité plutôt qu’une menace.
- Les jeunes avocats devraient se concentrer sur le développement d’une spécialisation sectorielle pour structurer leur progression de carrière.
- Le facteur humain doit être le premier critère quand on choisit dans quelle structure juridique exercer.
- L’agilité et la capacité d’adaptation sont des qualités essentielles pour réussir sur le long terme dans la profession.
Pourquoi avoir choisi le métier d'avocat ?
Emmanuelle explique qu’elle ne s’était pas destinée au départ à devenir avocate. Elle a d’abord intégré une école de commerce, où elle a découvert le droit parmi les enseignements. Au fil de son intérêt grandissant, elle a poursuivi en parallèle des études de droit à l’université, en complément de sa formation business.
Ce qui l’a réellement attirée vers la profession, c’est la rencontre d’avocats en exercice et de profils ayant un double parcours commerce-droit. Elle a trouvé que l’alliance entre compréhension des enjeux business et expertise juridique créait une synergie naturelle, en phase avec ses envies et son projet professionnel.
Avec l'évolution du métier, referiez-vous le même choix ?
Interrogée sur le fait de refaire le même choix malgré l’évolution du métier, Emmanuelle répond sans hésiter oui. Elle considère que les transformations du secteur sont positives, car elles évitent la routine et obligent à apprendre, évoluer, s’adapter.
Elle évoque notamment la révolution technologique dans les services juridiques - la legaltech - qu’elle présente comme une opportunité plutôt qu’une menace. Pour elle, il s’agit d’embrasser ces changements, tout en faisant des choix de structure et de mode d’exercice cohérents avec sa personnalité et ses objectifs.
Collaboration libérale, vraiment ?
Emmanuelle confirme que, malgré la diversité des structures possibles, la profession d’avocat reste fondamentalement libérale. Elle insiste sur la liberté réelle dont disposent les avocats pour définir leur domaine, sélectionner leurs clients et décider de leur manière de travailler.
Elle valorise particulièrement la possibilité de refuser certains clients ou dossiers, qu’elle qualifie de « luxe incroyable ». Pour elle, cette autonomie est l’essence même de la profession.
Comment rester un bon collaborateur sans sacrifier son développement ni se limiter à un rôle convenu ?
Emmanuelle parle du défi classique des jeunes avocats : gérer les responsabilités immédiates de la collaboration tout en construisant sa trajectoire à long terme. Elle conseille de profiter à fond des premières années pour apprendre, tout en prenant régulièrement du recul pour réfléchir à la direction souhaitée.
Pour ceux qui visent l’association, elle recommande d’anticiper en développant progressivement une démarche de développement business. Un conseil concret revient : choisir une spécialisation sectorielle pour structurer sa montée en compétences et construire une légitimité claire auprès des clients.
Pourquoi une carrière d’associé en cabinet international plutôt qu’une structure française ou l’entrepreneuriat ?
Emmanuelle explique qu’elle a testé plusieurs environnements dans sa carrière. Du cabinet français à réflexion sur le lancement de sa propre structure, elle a fini par choisir un cabinet international. Ce choix s’explique par les besoins de sa clientèle et son attrait pour une plateforme multi-expertises.
Mais elle insiste sur un critère numéro un dans ses décisions : l’humain. La qualité de l’équipe, l’ambiance et les relations de travail priment selon elle. Elle conseille donc de choisir une structure adaptée à son style et à ses clients, tout en mettant l’équipe au centre.
Qu'auriez-vous aimé savoir avant de devenir avocat ?
Emmanuelle explique qu’elle n’a pas vécu de « choc » particulier en découvrant le métier, mais elle souligne un point essentiel : l’avocature demande une grande agilité et une forte capacité d’adaptation.
Surtout, elle rappelle que le droit « n’est pas uniquement un métier juridique ». Les jeunes avocats doivent comprendre dès le départ l’importance des soft skills, en plus des compétences techniques. Elle encourage à profiter de la richesse du métier, à ne pas s’enfermer dans une seule manière de faire et à rester ouvert aux évolutions.
Pour aller plus loin : Entretien avec Kami Haeri, Associé chez White & Case
FAQ
1. Quelles compétences faut-il vraiment pour réussir comme avocat ?
Au-delà des connaissances juridiques, il faut de solides soft skills - écoute, pédagogie, négociation, gestion du stress et sens du relationnel. Le métier implique aussi de savoir s’adapter, car les attentes des clients, les outils et les pratiques évoluent vite. L’agilité devient un vrai avantage concurrentiel.
2. Est-ce que le métier d’avocat est une profession « libérale » au quotidien ?
Oui, dans l’esprit – vous avez une marge de manœuvre sur votre organisation, vos méthodes de travail, votre spécialisation et, selon les cas, vos clients. Cette liberté dépend toutefois du cadre (collaboration, cabinet, entreprise, associé). Mais l’autonomie - notamment la possibilité de refuser certains dossiers - fait partie des marqueurs forts du métier.
3. Faut-il se spécialiser quand on est jeune avocat ?
C’est souvent une excellente stratégie. Une spécialisation sectorielle (ex. santé, fintech, immobilier, énergie) aide à structurer son positionnement, à gagner en crédibilité et à mieux cibler son développement business. Elle facilite aussi la progression de carrière, car elle clarifie votre valeur ajoutée et vos axes d’expertise.
4. Legaltech : menace ou opportunité pour les avocats ?
Plutôt une opportunité, si on l’aborde intelligemment. Les outils legaltech permettent d’automatiser certaines tâches, de gagner du temps, d’améliorer la qualité et de se concentrer sur la valeur forte : stratégie, conseil, négociation. L’idée n’est pas de tout adopter, mais de choisir les bons outils pour mieux servir ses clients.
5. Comment choisir entre cabinet français, cabinet international, ou exercice en solo ?
Commencez par vous demander ce qui vous correspond : type de dossiers, clients, rythme, besoin de multidisciplinarité, international, autonomie. Ensuite, privilégiez le facteur humain : l’équipe, la culture, le style de management et l’ambiance de travail. Dans la durée, l’environnement et les personnes font souvent autant la réussite que la matière juridique.