19 octobre 2026 • FED Medical • 1 min

Thibaut Ghislain a mis plus de dix ans à trouver son chemin vers l’encadrement et ce chemin, il l’a tracé à sa façon. Infirmier en coronarographie, conseiller en radioprotection, puis cadre de santé formé en candidat libre via son CPF : son parcours ne ressemble à aucun autre. Aujourd’hui infirmier chef adjoint dans un établissement belge spécialisé en cardiologie et chirurgie vasculaire, il incarne un profil rare : celui du manager qui a encore les mains dans le soin. Dans ce numéro de Voix de soignants by Fed Medical, il nous livre sans filtre sa vision du métier, de l’équipe, et du patient.




Un parcours atypique, construit par étapes

Thibaut Ghislain n’a pas suivi la voie classique vers l’encadrement. Diplômé infirmier en Belgique, il passe d’abord onze ans en coronarographie, un service technique et exigeant, avec des astreintes H24 pour les urgences cardiaques. En parallèle, son background en sciences de la matière l’amène à exercer pendant six ans comme conseiller en radioprotection, un rôle centré sur le contrôle des doses, la formation et la conformité réglementaire.

C’est cet attrait pour la qualité et la rigueur qui l’oriente progressivement vers l’encadrement. Mais sa transition vers le poste de cadre de santé s’est faite hors des sentiers battus : sans employeur pour le porter, il passe le concours en candidat libre et finance sa formation via son CPF : "Tant que le dossier est bien carré et le projet bien mûri, ça passe crème", résume-t-il.

Après l’obtention de son diplôme, Thibaut Ghislain est embauché en tant que contractuel dans le service public rançais. Une première chance qu’il n’a pas oublié. "On se souvient toujours de sa première embauche", dit-il. C’est ensuite un rapprochement familial qui l’emmène vers Bruxelles, où il exerce aujourd’hui son rôle d’infirmier chef adjoint.

Chef adjoint : un rôle à deux visages

"Les gens viennent beaucoup plus facilement nous parler"

Le poste d’infirmier chef adjoint est souvent méconnu. Il ne s’agit ni d’un simple infirmier, ni d’un cadre de santé à part entière mais d’un profil hybride, à la charnière des deux. Thibaut Ghislain assure la continuité de l’encadrement quand l’infirmier chef est absent : plannings, organisation du service, suivi qualité, gestion des entrées patients, préparation de la certification JCI. Mais il reste aussi présent dans les soins : il fait les prises en charge, contrôle les toxiques, vérifie les bilans.

Ce positionnement hybride a un avantage que Thibaut Ghislain valorise : la proximité avec les équipes. "Les gens viennent beaucoup plus facilement nous parler", reconnaît-il. Une proximité précieuse, qui n’empêche pas, quand il le faut, de prendre des décisions difficiles.

Dans un service regroupant cardiologie, chirurgie cardiaque et chirurgie vasculaire, les corps de métier sont nombreux : aides-soignants, infirmiers, kinés, diététiciennes, médecins, chirurgiens. Le lien entre tous ces professionnels, c’est le patient. Chacun fait son job, mais c’est vraiment lui qui est au cœur de tout. "C’est pour lui qu’on travaille, avant tout." assure Thibaut.

Fidéliser une équipe soignante : les leviers qui fonctionnent

La pénurie de soignants est une réalité que Thibaut Ghislain connaît bien. Son établissement y répond en partie grâce aux flexi-jobs : ce sont des professionnels de santé indépendants qui interviennent ponctuellement. Utile à court terme, mais limité car "c’est extrêmement cher, et les équipes en place passent leur temps à reformer quelqu’un de nouveau chaque jour." Pour lui, la vraie réponse est ailleurs : dans la fidélisation durable.

Thibaut Ghislain est convaincu que la fidélisation commence dès le recrutement : "Une personne qui n’est pas exceptionnelle en compétences, on peut toujours la faire progresser. Quelqu’un de toxique, c’est quelqu’un de toxique, il va pourrir une équipe.” Son conseil : privilégier les profils positifs, curieux, qui ont envie d’évoluer. Les compétences s’acquièrent, l’état d’esprit, bien moins. Au-delà du recrutement, la fidélisation passe par des leviers concrets et souvent sous-estimés : respecter les desiderata de congés, impliquer les agents dans l’organisation du service, proposer des formations, y compris sur le bien-être. "Ce n’est pas grand-chose, mais s’il n’y a pas ça, il y a un manque", dit-il.

Ce qui donne envie de rester soignant

"On se dit qu’on ne fait pas ça pour rien."

Malgré les tensions, la pénurie et les décisions difficiles à prendre, Thibaut Ghislain reste enthousiaste. Ce qui le nourrit au quotidien ? Le contact humain, d’abord. Les patients, tous différents, tous porteurs d’une histoire. Les équipes, même stables, auprès desquelles on apprend encore. Et ces moments où un patient qu’on a soigné pendant des jours repart sur ses deux jambes, avec une boîte de chocolats sous le bras.

Il y a aussi la dimension évolutive du métier : les techniques changent, le management évolue, les pratiques se renouvellent. "Ce n’est jamais statique. Vous en apprenez tous les jours."

Son conseil aux futurs soignants

À ceux qui hésitent encore ou qui débutent, Thibaut Ghislain adresse un message direct : "Mordez sur le bâton. Ce sont des études exigeantes, vous serez confrontés à des situations difficiles. Mais si vous n’y allez pas, qui le fera ?" 

Son conseil tient en quelques mots : avoir la fibre, rester soi-même avec le patient, et ne jamais rester seul face aux difficultés. Le soutien existe, il faut aller le chercher.

FAQ

L’infirmier chef adjoint assure la continuité de l’encadrement en l’absence de l’infirmier chef (cadre de santé), tout en restant présent dans les soins. Il gère les plannings, l’organisation du service, le suivi qualité et l’accompagnement des équipes, sans quitter le terrain.

Le cadre de santé (infirmier chef) est exclusivement dédié à l’encadrement, sans obligation d’exercer dans les soins selon sa fiche de poste. L’infirmier chef adjoint, lui, conserve un rôle soignant actif tout en prenant en charge les missions d’encadrement par délégation.

Il est possible de passer le concours d’entrée à l’école de cadres en candidat libre, sans être en poste de faisant fonction. Dans ce cas, la formation peut être financée via le CPF. Le dossier doit être solide et le projet professionnel clairement défini.

Plusieurs leviers sont efficaces : recruter des profils à l’attitude positive plutôt qu’aux seules compétences, respecter les desiderata de congés, impliquer les agents dans les décisions du service et proposer des formations régulières. La fidélisation se construit dès le recrutement.

Les flexi-jobs sont des contrats permettant à des professionnels de santé d’intervenir ponctuellement dans des établissements, à la manière de l’intérim. Ils permettent de combler rapidement des absences, mais restent une solution coûteuse et déstabilisante pour les équipes permanentes sur le long terme.

Pour aller plus loin : 

- Chirurgien maxillo-facial, professeur, chercheur : le portrait d'un médecin qui repousse les frontières
- CEO d'Invivox, la plateforme de formation continue par et pour les soignants 
- Infirmière coordinatrice

Fed Group donne aussi de la voix...

- Aux recruteurs, dans notre podcast "Voix des recruteurs »
- Aux entrepreneurs du droit, dans notre podcast "Voix d’entrepreneurs du droit"

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