15 septembre 2026 • FED Group • 1 min

Vous managez une équipe où cohabitent un baby-boomer qui répond aux mails le dimanche soir, un trentenaire qui mesure son engagement à ses résultats et un jeune diplômé qui ne comprend pas pourquoi il devrait être au bureau cinq jours par semaine. Les tensions sont là, mais d'où viennent-elles vraiment ?

Selon Sophie Flamant, coach et consultante RH, ancienne DRH et auteure de DRH, tous des héros, la réponse n'est pas celle qu'on croit. Dans ce nouvel épisode de Voix de recruteurs by Fed Group, elle démonte les idées reçues sur les générations et donne aux managers les clés pour transformer une source de friction en levier de performance.




Ce n'est pas un problème de valeurs, c'est un problème de référentiel

"Il n'y a pas de tensions intergénérationnelles. Il y a juste un problème de référentiel."

C'est la prise de position la plus forte de Sophie Flamant et sûrement la plus contre-intuitive. Les jeunes ne travaillent pas moins bien que leurs aînés et ne sont pas moins loyaux ni moins engagés. Ils ont simplement grandi dans un monde radicalement différent et donc développé des façons différentes de définir ces mots.

Un boomer qui a connu la sécurité de l'emploi, la carrière gérée par l'entreprise et la loyauté comme contrat explicite n'a pas les mêmes repères qu'un membre de la Gen Z qui a grandi dans un monde de précarité, de mobilité et d'incertitude. "Les nouvelles générations ont vu tout ça s'effondrer. Elles n'ont pas connu le même monde." Ce n'est pas un écart de valeur, c'est un écart de contexte. Et confondre les deux, c'est déjà perdre la partie.

D'ici 2030, Gen Z et Millennials représenteront 74% de la population active mondiale selon Deloitte. Ce n'est pas un phénomène à anticiper, c'est une réalité qui est déjà présente dans vos équipes.

Le vrai problème : le contrat implicite que personne n'a écrit

Au cœur des frictions intergénérationnelles, Sophie Flamant identifie quelque chose de très précis : l'absence de contrat explicite. "On travaille aujourd'hui en entreprise sur des contrats implicites. On n'a jamais défini ce qu'est un collaborateur loyal." Résultat : chacun applique sa propre définition et personne ne le sait.

Pour un collaborateur senior, être engagé peut signifier répondre à un message à 23h un dimanche. Pour un collaborateur junior, être engagé signifie atteindre ses objectifs dans les délais. Les deux sont sincèrement convaincus d'être exemplaires et les deux jugent l'autre à l'aune de leur propre référentiel. "La nature a horreur du vide : dès qu'on n'a pas explicité quelque chose, les règles implicites existent et les incompréhensions aussi."

Ce que cela signifie concrètement pour un manager de proximité : si les règles du jeu ne sont pas écrites, c'est vous qui en subissez les conséquences chaque jour, en réunion, dans les couloirs, à la machine à café.

Ce qui ne fonctionne pas : les ateliers intergénérationnels

Sophie Flamant les a elle-même organisés quand elle était DRH. Et elle le dit sans détour : "Ces ateliers ne servent à rien." Réunir des générations pour qu'elles s'expliquent mutuellement comment elles fonctionnent n'a jamais résolu de tension profonde. Pire : ça les renforce, en donnant une légitimité à des catégories qui ne correspondent pas à la réalité des individus.

"On les oppose, alors que si on les mettait tous dans un cadre commun, sans notion de génération, ça marcherait bien mieux." Le problème n'est pas que les générations ne se comprennent pas, c'est qu'on leur demande de se comprendre au lieu de leur donner un cadre commun dans lequel travailler.

Ce qui fonctionne : définir le cadre, pas les personnes

La solution que Sophie Flamant défend est simple à formuler et exigeante à mettre en œuvre. Elle tient en trois étapes.

  • La première : que le Codir se saisisse du sujet et définisse ce qu'est un collaborateur loyal, engagé, performant au sein de leur organisation, avec ses spécificités. Pas une définition universelle mais bien une définition locale, construite collectivement, qui s'applique à tous quelle que soit la génération.
  • La deuxième : que les managers de proximité s'approprient ce référentiel, y participent et l'animent dans leurs équipes. "Les managers de proximité sont les premiers qui vont devoir faire cohabiter les générations. Ils doivent avoir compris le référentiel, y avoir participé et ensuite l'animer." Ce n'est pas un rôle de police, c'est un rôle de traducteur.
  • La troisième : que chaque manager définisse, sur la base du cadre commun, les règles spécifiques de son équipe. "Le contrat explicite protège la relation. Une fois que c'est écrit, tout le monde est sur le même pied d'égalité."

Le rôle du manager face aux jugements mutuels

Les frictions intergénérationnelles se manifestent d'abord sous forme de jugements : "Les jeunes sont feignants, opportunistes, ils partent dès qu'ils voient mieux ailleurs alors que les anciens s'enkystent, résistent au changement, courbent l'échine." Ces raccourcis circulent dans toutes les équipes et empoisonnent la collaboration sans que personne ne les challenge vraiment.

Le rôle du manager de proximité face à ces jugements n'est pas de jouer l'arbitre entre deux camps. C'est de ramener chacun au cadre commun. Quand le contrat est explicite, recadrer devient possible sans paraître partial : "Peu importe ta génération, voilà ce qu'on attend ici. Voilà comment on mesure l'engagement. Voilà ce que signifie être loyal dans notre équipe." Le référentiel fait le travail, pas l'autorité du manager seul.

La transmission du savoir : le sujet que personne n'anticipe

"On se réveille parce qu'un expert part à la retraite dans un an et qu'il n'a rien écrit de son savoir."

Il y a un angle du management intergénérationnel que Sophie Flamant soulève et qui est souvent négligé : la transmission des compétences. Faire cohabiter des générations, c'est aussi créer les conditions pour que ce savoir circule dans les deux sens.

Les seniors ont une expertise et une mémoire de l'organisation que les juniors n'ont pas. Les juniors ont une maîtrise des outils, des usages et des codes que les seniors n'ont pas toujours. Un manager qui ne crée pas délibérément des espaces de transmission dans les deux sens laisse partir des savoirs irremplaçables et rate une opportunité de cohésion naturelle.

À lire : "DRH, tous des héros" de Sophie Flamant

Dans son premier livre, Sophie Flamant s'adresse à tous les professionnels RH (DRH, RRH, managers) convaincus que le monde du travail a besoin d'un vrai changement, mais qui ne savent pas toujours par où commencer.

Loin d'un guide de bonnes pratiques classique, "DRH, tous des héros" est un manifeste. Sophie Flamant y développe 14 problématiques RH concrètes dont un chapitre entier consacré au management intergénérationnel et à la notion de loyauté. Elle s'appuie sur son expérience de DRH, des apports en neurosciences et en philosophie, ainsi que des études et des questions d'introspection pour passer à l'action.

"DRH, tous des héros" est disponible en librairie et sur les plateformes en ligne comme Cultura.

FAQ

Le management intergénérationnel désigne la capacité à faire travailler ensemble des collaborateurs issus de générations différentes (boomers, Gen X, Millennials, Gen Z) qui n'ont pas les mêmes repères, les mêmes attentes ni les mêmes définitions du travail. D'ici 2030, Gen Z et Millennials représenteront 74% de la population active mondiale, ce qui en fait un enjeu managérial majeur et immédiat.

Non, selon Sophie Flamant. Il ne s'agit pas d'un écart de valeur mais d'un écart de référentiel. Les différentes générations ont grandi dans des contextes économiques et sociaux radicalement différents, ce qui a façonné des façons distinctes de définir la loyauté, l'engagement ou la performance - sans que ces définitions n'aient jamais été explicitées collectivement.

Parce qu'ils opposent les générations au lieu de les rassembler dans un cadre commun. Expliquer mutuellement comment chaque génération fonctionne renforce les catégories et les stéréotypes sans résoudre les tensions de fond. Ce qui fonctionne, c'est de définir un référentiel partagé, ce qu'est un collaborateur loyal, engagé, performant qui s'applique à tous, indépendamment de la génération.

Le manager de proximité est en première ligne pour faire vivre le cadre commun défini par la direction. Il doit s'être approprié ce référentiel, y avoir participé et être capable de l'animer au quotidien notamment pour recadrer les jugements mutuels entre générations et rappeler à chacun les règles du jeu communes, quelle que soit son appartenance générationnelle.

En créant délibérément des espaces d'échange dans les deux sens, des seniors vers les juniors pour les compétences métier et la mémoire de l'organisation, des juniors vers les seniors pour les outils, les usages et les nouveaux codes. La transmission ne se fait pas naturellement : elle doit être organisée, anticipée et valorisée par le manager avant que l'urgence ne s'impose.

Selon Sophie Flamant, trois signaux doivent alerter : un DRH rattaché au DAF plutôt qu'au DG, une fonction absente du Codir, et une fiche de poste qui ne mentionne pas la dimension stratégique du rôle. Ces trois éléments indiquent une organisation qui ne considère pas la fonction RH comme un levier stratégique, ce qui rendra difficile toute initiative sur des sujets comme le management intergénérationnel.

Pour aller plus loin

- Rétention des talents : les leviers concrets d'une DRH pour fidéliser vos collaborateurs
- Onboarding : comment réussir l'intégration de ses nouveaux collaborateurs

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- Aux soignants, dans notre podcast "Voix des soignants"
- Aux entrepreneurs du droit, dans notre podcast "Voix d’entrepreneurs du droit"

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