14 octobre 2026 • FED Legal • 1 min

À 17 ans, Anne-Sophie Le Lay passe une analyse graphologique pour choisir ses études. Aujourd’hui, elle est Group General Counsel de Suez et membre du comité exécutif après 17 ans chez Renault, 5 ans comme secrétaire générale d’Air France-KLM et une expérience de consultante à Toronto. Trois industries, deux décennies, une posture constante : aller chercher ce qu’elle voulait, même sans être certaine d’en être capable.

Dans ce nouvel épisode de Voix d’entrepreneurs du droit by Fed Legal, Audrey Déléris l’a reçue pour un échange dense et sans filtre sur ce qui fait vraiment une carrière juridique et sur ce que les juristes d’aujourd’hui feraient bien de retenir.




Le droit par hasard, la carrière par choix

Anne-Sophie Le Lay ne rêvait pas de droit. En terminale, sans direction claire, ses parents l’emmènent chez un graphologue. Le résultat est sans appel : peu d'attrait pour les sciences mais un raisonnement logique combiné à une grande envie d’indépendance. Finalement, elle nous confie : "Le droit est ressorti comme une option que j’ai choisie et que je n’ai jamais regrettée."

Elle y découvre "une matière de démonstration" où l'on utilise des faits, on applique une règle, on construit un raisonnement. Avocate à Paris dans un petit cabinet généraliste où elle touche à tout, puis consultante à Toronto pour développer un cabinet spécialisé en startup tech, ce sont ces deux expériences fondatrices qui lui apprennent la polyvalence et le sens du business avant même d’entrer en entreprise.

Proactivité : la qualité qui change tout

"J’ai passé ma vie à faire des choses que je ne savais pas faire."

Le fil rouge de tout l’épisode tient en une phrase : "J’ai passé ma vie à faire des choses que je ne savais pas faire." Devenir directrice juridique de Renault après dix ans dans la maison ? Elle n’avait pas le profil évident mais elle a demandé le poste quand même.

C’est le conseil qu’elle répète aux femmes en particulier, mais qu’elle adresse à tout le monde : "Fais pas ta fille, vas-y, demande." Les managers ne savent pas ce que vous voulez. Personne ne devine vos envies. Si vous n’exprimez pas votre intérêt pour un poste, une formation, une évolution, il ne se passera rien. Non pas par mauvaise volonté, mais parce que chacun gère ses propres priorités.

Son dernier conseil, et sans doute le plus actionnable, est le suivant : "Dis ce que tu as envie de faire. Personne ne peut deviner."  

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Manager ou expert : arrêtez de hiérarchiser

Anne-Sophie Le Lay défend une position qui commence à faire son chemin dans les directions juridiques, mais qui reste trop rare : tous les parcours ne mènent pas au management et c’est une très bonne chose.

"Tout le monde n’a pas la fibre managériale. Et il n’y a pas des postes de management pour tout le monde." Ce qu’elle prône : revaloriser les expertises et le management transverse ; la capacité à piloter des projets complexes, à fédérer des équipes sans lien hiérarchique, à faire avancer des sujets transverses. "Il y a une énorme demande de gens câblés pour être chefs de projet dans les entreprises parce que les sujets sont de plus en plus transverses."

L’anecdote qu’elle raconte dit tout : elle devait annoncer à une personne qu’elle ne serait plus manager. La personne lui a répondu avec un grand sourire : "C’est la meilleure nouvelle que tu pouvais m’annoncer." Elle conclut en disant que "beaucoup de managers sont en souffrance". On promeut souvent les meilleurs experts mais pas toujours les meilleurs managers.

Changer d’industrie : une force, pas un risque

Passer de l’automobile à l’aviation, puis à l’eau et aux déchets, ce sont de prime abord trois industries sans lien apparent. Anne-Sophie Le Lay en a fait une méthode : “Comment comprendre ? Pas en lisant des documents. En allant voir les gens.” Une tournée de ramassage des poubelles à 4h du matin avec un collaborateur Suez. Des heures passées avec un mécanicien d’Air France passionné de maintenance. Un opérateur d’usine Renault qui connaît son métier mieux que personne.

Ce qu’elle retient : "Les gens sont toujours très intéressés de raconter leur métier." Et c’est comme ça, par les rencontres et non par les organigrammes, qu’on comprend vraiment une entreprise. Elle nuance cependant : "Il faut quand même plusieurs années pour aller dans le fond des choses." Les 100 premiers jours, c’est court. La vraie maîtrise d’un poste de direction prend deux à trois ans.

Le juriste partenaire business : une évolution irréversible

"On est passé d’un rôle de sachant qui dit le droit à un vrai partenaire du business qui évalue le risque."

Le rôle du juriste d’entreprise a profondément changé : "On est passé d’un rôle de sachant qui dit le droit à un vrai partenaire du business qui évalue le risque." Dans un monde de plus en plus complexe géopolitiquement, les zones de gris se multiplient. Et le business attend du juriste qu’il se positionne, pas qu’il liste des réserves à l’infini.

"On ne peut pas se réfugier tout le temps derrière quatre réserves. Ce n’est pas possible." Ce qu’Anne-Sophie défend : jouer l’équipe, confronter les points de vue, ne jamais être seul face à une décision difficile. Et accepter que ses équipes la fassent changer d’avis. "J’aime bien qu’ils me disent que j’ai tort, parce que ça fait bouger les lignes."

L’IA : fonçons, plutôt que méfions-nous

Anne-Sophie Le Lay ne cède pas à l’inquiétude ambiante sur l’IA. Sa position : l’utiliser au maximum, tester, accepter de se planter sur certains sujets et réussir sur d’autres. "Avoir peur n’empêchera pas le fait que tout le monde va y aller. Je préfère le maîtriser et être moi-même acteur de mon changement plutôt que de le subir."

Chez Suez, elle voit dans l’analyse contractuelle une opportunité stratégique pour la direction juridique : se positionner comme leader interne sur un sujet clé pour le business, comment optimiser un contrat, comment mieux se protéger, comment développer des facturations différentes. "Si on est leader en tant que direction juridique dans cette analyse contractuelle, on se repositionne au cœur des enjeux stratégiques de l’entreprise." L’IA est alors vu comme un vrai levier de repositionnement et non comme une menace.

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FAQ

Selon Anne-Sophie Le Lay, trois leviers sont déterminants : être proactif et demander explicitement les postes et évolutions que l’on vise, accepter de faire des choses qu’on ne maîtrise pas encore, et écouter les feedbacks même difficiles. “Personne ne peut deviner vos envies. Il faut le dire.”

Non. Anne-Sophie Le Lay défend activement la revalorisation des expertises et du management transverse. Tout le monde n’a pas la fibre managériale et il n’existe pas suffisamment de postes de direction pour tous les juristes seniors. Le management de projet et la capacité à piloter des sujets transverses sont des compétences de plus en plus recherchées.

En allant rencontrer les gens et non en lisant des organigrammes. Anne-Sophie Le Lay a systématiquement consacré du temps à comprendre les métiers de terrain dans chaque nouvelle industrie. Elle nuance cependant : la vraie maîtrise d’un poste de direction prend deux à trois ans, pas cent jours.

Pas selon Anne-Sophie Le Lay. Elle encourage au contraire les juristes à s’en emparer activement, notamment pour l’analyse contractuelle, car "avoir peur n’empêchera pas le fait que tout le monde va y aller." L’IA permet de faire plus avec moins et se présente comme une opportunité pour repositionner la direction juridique au cœur des enjeux stratégiques.

Le management transverse désigne la capacité à piloter des projets complexes et à fédérer des équipes sans lien hiérarchique. Pour les juristes qui n’ont pas envie de manager des équipes, c’est une voie d’évolution concrète et valorisante, d’autant que les entreprises manquent de profils capables de coordonner des projets transverses impliquant business, finance, juridique et autres fonctions.

Les trois conseils d’Anne-Sophie Le Lay : être curieux en permanence, sur tout. Faire toujours un peu plus que sa fiche de poste. Et exprimer ses envies et ses ambitions, parce que personne ne peut les deviner à votre place.

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